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Les singuliers - Anne Percin

Publié le par Au vrai chic littérère

Il est quelquefois des manières très singulières de découvrir un auteur. 

Vous faites, un soir, un rapide commentaire sur un message d'un ami sur Facebook. Bon. Le lendemain vous recevez une notification de cet ami qui indique qu'il a cité votre nom sur un message. OK. Il y indique que vous devriez rencontrer la personne qui a écrit le commentaire suivant, un certain "Hmbert Humblart" ou un truc comme ça. Très bien. A priori je n'aime pas trop qu'on me dise ce que je dois faire, mais l'animal à piqué ma curiosité... je me ballade sur la page de "HH". Qui me laisse perplexe. Le pseudo semble évoquer un auteur, qui se cache, et qui renvoie pour plus de précisions, à une autre page, celle d'une certaine Anne Percin, sans doute la copine, ou la femme de l'auteur en question. Je mets un temps infini (au mois 10 minutes, mais sur FB c'est un temps iiiiinfini) à comprendre que je m'égare et que HH est Anne Percin ! Que ce n'est pas un mais une auteure ! dont je découvre, dans l'après-midi, un livre dans les rayons de ma médiathèque : Les singuliers. Le sujet m'intéresse, je l'emprunte et le lis dans la foulée.

 

Un court résumé pour entrer en matière

Les singuliers suit la correspondance entretenue entre 1888 et 1890 par Hugo Boch, le fils d'une des grandes familles industrielles belges, sa cousine Hazel et Tobias Hendricke, le meilleur ami d'Hugo. Tous trois sont apprentis peintres, vivent séparés, se cherchent une voie, un style, peut-être un destin... Il y est donc question d'inventer sa vie, de trouver sa propre voie, celle qui vous correspond à vous, ​en propre.

 

De par leur milieu ils sont amenés à rencontrer ceux qui, bientôt, auront, au cours de ces quelques années, changé le cours de l'histoire picturale. Hugo côtoie Gauguin, Paul Sérusier, Emile Bernard à Pont-Aven. Hazel, à Paris, se prend d'amitié pour Henri (de Toulouse-Lautrec), et Tobias, protégé de James Ensor, croisera, à Bruxelles, Anna Boch, la seule personne, qui jamais, de son vivant, acheta une toile à Vincent van Gogh (whaou, je crois, que, je n'ai, jamais, autant virgulé, dans une même, phrase... le syndrôme Télérama !).

 

Chacun s'empare des débats, s'engage, prend position, l'histoire leur donnant parfois tort et finalement quelquefois raison. On ressent très fort l'impression d'avoir l'histoire qui s'écrit, en direct, sous nos yeux. De l'underground 19ème en marche vers la lumière.

 

Au fil des lettres que s'échangent ces protagonistes on suivra avec intérêt les progressions philosophiques, professionnelles, sentimentales de chacun. Les questions existentielles fourmilleront et c'est là ce qui fait tout l'intérêt de l'ouvrage : Suis-je maître de mon destin ? Quelle place pour moi ? Quelle sera ma part, ma contribution dans cette vie ?

 

Quelques lettres restent très fortement encrées dans ma mémoire :

 

- la réponse d'Hugo à son père au terme de laquelle ils se brouilleront

- la lettre d'Hazel où elle explique à son cousin sa première séance avec un modèle de nu masculin, disons... un peu "émotif" !

- la lettre, bouleversante, de Tobias relatant les funérailles de Vincent van Gogh

 

Le roman épistolaire suppose cette particularité qu'il se doit d'épouser l'esprit, la syntaxe du temps dans lequel il s'inscrit. Anne Percin s'y emploie à merveille. Effet collatéral, nous ressentons l'immense perte qu'aura été, avec l'avènement des technologies contemporaines (téléphone, messageries instantanées), l'abandon des habitudes épistolaires. L'importance dans une journée de l'arrivée des nouvelles, les espoirs suscités à l'ouverture de l'enveloppe, la puissance, la profondeur et la richesse des échanges, l'amour qui se mesure au temps consacré pour répondre...

 

Je pourrai vous entretenir des heures durant des thématiques de ce livre (la place des femmes dans l'art, l'impermanence des choses, la relativité du succès, la vie de l'art en train de se faire, la vie des Salons artistiques, le prix de la vie et la peur, apprivoisée, de la mort...) tant il m'a touché.

 

Il m'aura fallu deux jours pour arriver à bout de ces 386 pages-là. Non que cela m'ait paru fastidieux, bien au contraire. Le livre est si plein de références, de noms, de lieux, d’œuvres, de courants artistiques que je passais un temps infini à approfondir, l'intérêt qui se dégageait des pages lues, en navigant, curieux que je suis, sur la Toile mondialisée.

 

Ce livre est vivant. Ses personnages également.

 

Il conviendra aux personnes qui continuent à ne pas avoir de certitudes et qui cherchent encore et encore...

 

Je vous laisse, je file m'acheter un paquet de galettes de Pont-Aven (inventées l'année même de la mort de Van Gogh... une des multiples découvertes transversales à ma lecture des Singuliers).

 

Anne Percin écrit également pour la jeunesse. Elle est l'auteur, entre autres, de la série pour adolescents Comment (bien) rater ses vacances.

 

Les singuliers, Anne Percin, Collection La Brune, Editions du Rouergue, 2014. Sortie en poche dans la collection Babel en août 2016.

 

 

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Le jardin des dieux - Gerald Durrell

Publié le par Au vrai chic littérère

Chaque année vers la mi-septembre, alors que l'on déplore, déjà, le prochain départ de l'été, je savoure un plaisir littéraire précieux... un volume de la Trilogie de Corfou de Gerald Durrell. Et, cette année, j'ai lu l'ultime tome de la série : Le jardin des dieux.

 

Un court résumé de l'histoire...

Au mitan des années 30, pour fuir la grisaille de la vie anglaise, la famille Durrell, presque sur un coup de tête, s'installe sur l'île de Corfou. Il y a là la Mère (dont on n'apprendra jamais le prénom), Larry, l'aîné, qui se pique de devenir écrivain et de retrouver un mari à sa mère, puis, Leslie, essentiellement passionné par les armes à feu, Margo, jeune fille pas tout à fait finie qui se rêve plus belle qu'elle n'est en vérité et Gerald, le benjamin, qui découvre la nature grouillante de cette île, se passionne pour l'entomologie et dissèque tout autant les comportements familiaux excentriques que ceux des  insectes, serpents et autres oiseaux qu'il débusque au cours de ses promenades vagabondes.

 

A ces protagonistes principaux vient se greffer une galerie de personnages hauts en couleurs... Spiro, l'ange gardien de la famille, décrit comme "une gargouille en vacances loin de Notre-Dame", toujours prêt à rendre service, Theodore Stephanides, un naturaliste-poète chic qui va initier Gerald à l'étude des animaux autochtones, le libidineux capitaine Creech, Lugaretzia la bonne hypocondriaque... et une foule d'invités surprises que Larry convie intempestivement à leur rendre visite en prévenant invariablement sa mère au tout dernier moment... ainsi dans ce dernier opus feront-nous la connaissance d'un comte français insupportable de fatuité, Jeejeebuoy ; un fakir indien bien maladroit et Loulou et Harry, un couple de peintres candides (dont l'auteur, dans sa grande goguenardise, ne nous précisera jamais vraiment s'il s'agit d'une homme et d'une femme ou de deux hommes) à qui toute la famille s'ingéniera à faire quantité de plaisanteries et de canulars.

 

Tout le charme de cette trilogie tient dans la beauté et la simplicité de la vie corfiote, dans l'expérimentation d'une liberté heureuse au cœur d'une nature exultante de vie, dans la chaleur du climat et des rencontres, le partage des observations et des épreuves. Il y a aussi le plaisir de voir naître une vocation, celle de cet enfant de dix ans qui s'épanouira au contact des animaux et pour qui le bonheur tient à la découverte de nouvelles espèces et à leurs mœurs, aux excursions avec son chien Roger avec pour tous bagages un filet à papillons et une gibecière contenant des bocaux à insectes, avec pour conséquence la transformation de sa chambre en véritable arche de Noé. Je vous laisse le soin de découvrir au fil de la lecture la liste saisissante des espèces que Gerry collectionnera, sauvera, étudiera.

 

Vous ai-je dit que l'humour irrigue l'oeuvre et qu'il vous arrivera au minimum de sourire régulièrement, de rire souvent et de vous esclaffer à l'occasion ? Non ? Eh bien, voilà qui est fait désormais ! 

 

La trilogie de Corfou est devenue au fil du temps un classique de la littérature anglaise que les éditions de la Table Ronde ont décidé de retraduire dans sa version française désormais intégrale (Le jardin des dieux n'avait jusqu'alors jamais été traduit en français).

 

Le jeune Gerry du livre est devenu une personnalité renommée au Royaume-Uni, un naturaliste célèbre, l'équivalent d'un Cousteau mâtiné de Jacques Trémolin (qui se souvient encore de ce compagnon des enfants qui officiait dans les "Visiteurs du Mercredi" ?... https://www.youtube.com/watch?v=HR6GYNp9OBw), directeur du zoo de Jersey, auteur, présentateur de documentaires animaliers à la télévision britannique et fondateur du Durrell Wildlife Conservation Trust (https://www.durrell.org), une fondation qui oeuvre pour la conservation de nombreuses espèces animales en voie d'extinction . Il est décédé en 1995.

 

Une récente série anglaise intitulée "The Durrells" basée sur la trilogie vient de voir le jour.

 

La trilogie de Corfou - Gerald Durrell - La Table Ronde - 2014 

- Ma famille et autres animaux (T.1)

- Oiseaux, bêtes et grandes personnes (T.2)

- Le jardin des dieux (T.3)

 

Si vous aimez les récits d'enfance au cœur de l'été méditerranéen, je vous suggère : Je n'ai pas peur - Niccolò Ammaniti - Le livre de poche - 2004.

 

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Un bébé à livrer - Benjamin Renner

Publié le par Au vrai chic littérère

Benjamin Renner est le lauréat du Prix Jeunesse du festival d'Angoulême 2016 pour "Le Grand Méchant Renard". Ce coup de projecteur lui a permis d'être repéré par le grand public. Cet album a donc beaucoup été chroniqué.

 

Il a néanmoins commis un premier album, en 2011, intitulé "Un bébé à livrer", resté jusqu'alors un peu confidentiel, et que le prix obtenu à Angoulême remet en lumière... et c'est tant mieux.

 

L'histoire : Comme chacun le sait, en Alsace, les cigognes déposent les bébés sur le seuil de la maison de leurs futurs parents... mais c'est aussi le cas à (en ?, j'ai jamais su le fin mot de l'histoire) Avignon. La cigogne de l'histoire s'étant cassé une aile, confie son précieux paquetage à un canard, un cochon et un lapin qui passaient par là avec pour mission de livrer le marmot dans la cité des Papes...

 

Voilà résumées là les toutes premières des 290 pages de l'ouvrage... que l'on résumera comme une folle course-poursuite, aussi pathétique qu'hilarante, digne des pires blockbusters amerloques... matinée de Peter Sellars (les catastrophes en série de The Party) et de Bip-Bip et Coyote à la sauce Reiser. Personnellement j'y ai aussi vu un hommage à John Cassavetes, mais peut-être extrapole-je...

 

Extraits choisis :

 

  • "Chef ! Le commandant du vol à destination des Philippines nous appelle en urgence. Il nous demande la procédure en cas de détournement d'avion par un cochon, un canard et un lapin..." ou bien

  • "Dépêchez-vous si vous ne voulez pas retrouver le bébé en gigot !!" ou encore

  • "Est-ce qu'on ne pourrait pas essayer de garder ce bébé plus de cinq minutes d'affilée ?"

 

Benjamin Renner (celui qui court, en allemand !) porte bien son nom ! Gags en chaîne, rythme trépidant, aucun temps mort et nombreux fou-rires à la clé. Si ce bouquin ne devient pas très vite un classique, (tout comme Le grand méchant renard) qu'on me catapulte !!! (il faut lire le bouquin pour comprendre pourquoi).

 

En résumé, cet album célèbre à chaque page la crétinerie crasse et cruelle, que l'auteur élève au rang d'art majeur (le 10ème ?). L'esprit de Tex Avery s'est réincarné dans l'oeuvre d'un jeune artiste français. Pas moins.

 

Dans un style très différent Benjamin Renner a réalisé "Ernest et Célestine" qui a obtenu le césar du film d'animation et a été nominé aux Oscar. Auparavant il s'est formé en réalisant quelques court-métrages dont Le plus gros président du monde.

 

Un bébé à livrer - Benjamin Renner, - Editions VRAOUM - 2011 - A partir de 8/9 ans

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L'homme qui savait la langue des serpents - Andrus Kivirähk

Publié le par Au vrai chic littérère

Sous l'avalanche d’œuvres anglo-saxonnes convenues qui envahissent les rayons des librairies il existe des pépites venues de pays que l'on aurait assurément du mal à situer avec précision sur un planisphère, dénichées par des maisons d'éditions aventureuses.

 

Un de ces petits trésors nous vient d'Estonie sous la plume de son auteur le plus emblématique, véritable icone littéraire là-bas : Andrus Kivirähk.

 

Personnellement le désir impérieux de lire un jour un livre estonien ne m'avait, jusqu'alors jamais rattrapé.

 

Parallèlement, ma carte des nationalités des auteurs lus restait invariablement bloquée sur 34 (http://www.livraddict.com/profil/au-vrai-chic-litterere/?goto=carte), c'est pourquoi la découverte de cet ouvrage me titilla d'abord pour la très mauvaise raison qu'il me permettrait, si je le lisais, d'augmenter d'une unité ce chiffre, reflet de ma vanité littéraire que je souhaite tant faire passer pour défricheuse et téméraire.

 

Or il existe de bien meilleures raisons d'ouvrir ce livre...

 

D’abord parce qu’il s’agit d’un livre-monde dont il serait vain de vous raconter l'histoire de façon exhaustive. Toutefois essayer de le résumer d’une phrase, aussi kamikaze que cela puisse paraître, donnerait à peu près ceci :

 

Le dernier représentant d'une civilisation en voie d'extinction se bat, en homme farouchement indépendant, pour survivre au milieu de forces qui le dépassent.

 

Voilà.

 

Et quand on a dit ça, on a rien dit de l'extraordinaire richesse de l'univers qui se déploie à la lecture et de la conquête progressive, réjouissante et indélébile de votre imaginaire par des personnages plus dingues les uns que les autres, en témoigne la présentation des protagonistes sur la page de l'éditeur :

 

Voici l'histoire du dernier des hommes qui parlait la langue des serpents, de sa sœur qui tomba amoureuse d’un ours, de sa mère qui rôtissait compulsivement des élans, de son grand-père qui guerroyait sans jambes, d’une paysanne qui rêvait d’un loup-garou, d’un vieil homme qui chassait les vents, d’une salamandre qui volait dans les airs, d’anthropopithèques qui élevaient des poux géants, d’un poisson titanesque las de ce monde et de chevaliers teutons épouvantés par tout ce qui précède... ​

Et ce n’est là qu’une partie des protagonistes principaux…

 

Ce roman a réussi, là où tant d’autres ont échoué, à contribuer à casser le plafond de verre qui m'empêchait d'entrer dans des œuvres ayant une dimension fantastique, ce qui n'est pas un mince exploit (j'ai réussi à croire en l'amitié entre entre jeune garçon et une vipère royale, c'est vous dire la puissance manipulatoire de l'auteur !).

Jusqu’alors je me considérais comme absolument rétif à ce genre de littérature et ce livre a entrouvert une porte que je m’obstinais à laisser fermée.  Cela n’aurait pas été possible s’il s’était contenté de décrire un univers purement imaginaire, or L’homme qui savait la langue des serpents est également :

 

  • un manifeste de résistance d'une communauté face à l'avènement d'un monde nouveau (tendance René Goscinny et Albert Uderzo : Astérix et le Domaine des Dieux)

  • un récit critique portant sur la cohabitation entre l'homme et la nature (Henry David Thoreau : Walden ou la vie dans les bois)

  • une chanson de geste avec de gentes dames et des preux chevaliers (Chrestien de Troyes : Yvain ou le chevalier au lion)

  • un traité d'agronomie analysant les qualités respectives des crottins de différentes races de chevaux (Marcus Terentius Varro : l'économie rurale)

  • un pamphlet anti-transcendentaliste (Michel Onfray : le traité d'athéologie)

  • un roman picaresque ou une vipère royale ferait office de Sancho Pança (Cervantes : Don Quichotte)

  • une saga islandaise pour son côté épique et violent 

  • une critique sociale médiévale avec plein d'animaux qui parlent (Le roman de Renart)

  • un scénario potentiel qu'on rêverait de voir adapté au cinéma par Terry Gilliam

  • un antidote à l'autofiction complaisante

  • une métaphore géante des risques engendrés par la mondialisation...

 

Au fil de la lecture on ressent la profonde impression d’entrer en communication avec l’âme du peuple estonien que l’auteur a capté et insufflé dans le roman. Il y décrit les mutations qui ont bouleversé le pays à partir du 13ème siècle, la christianisation en lutte avec les antiques croyances païennes, la colonisation par une nouvelle élite étrangère, l’arrivée des nouveaux dogmes et du nouveau dieu (ici Jésus est accueilli comme un phénomène de mode, une star à laquelle la jeunesse s’identifie), les grands défrichements qui ont divisé la région entre nouveaux paysans, décrits comme particulièrement crédules et attardés, et population sylvestre en voie d’extinction farouchement empreinte de panthéisme ; l’émerveillement face aux nouveautés technologiques (ici un rouet et une pelle à pain !)

 

Le texte, d’une belle fluidité, déroule son histoire, pleine de surprises et de rebondissements, avec une poésie réjouissante. Certaines scènes resteront assurément fortement ancrées dans ma mémoire de lecteur (je pense notamment à la visite au Sage des vents ou à la mort du grand-père, particulièrement traumatisante).

 

Ce roman initiatique a la fraîcheur des meilleurs livres jeunesse, appliquée, ici à un public adulte. Ses dimensions philosophique, matière à bien des réflexions, prodigieuse, façon laboratoire à rêves, et humoristique, font de ce livre une oeuvre particulièrement marquante à même de réjouir un lectorat large en recherche de plaisirs de lecture inédits.

 

Un dernier mot pour vous signaler la postface du traducteur, Jean-Pierre Minaudier, qui éclaire quelques points qu'un lecteur français ne mesurerait pas d'emblée. Dire également qu'il a pris l'initiative de traduire le roman sans aucune garantie préalable d'édition et remercier Les Editions du Tripode d'avoir pris le risque d'éditer un ouvrage issu d'une contrée si peu proposée en lecture au public francophone.

 

L’homme qui savait la langue des serpents - Andrus Kivirähk - Editions Le Tripode - 2013 - 2015 (version de poche)

 

Prix de l'Imaginaire 2014 du roman étranger

 

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Une terre d'ombre - Ron Rash

Publié le par Au vrai chic littérère

Il y a des auteurs autour desquels on tourne un moment avant d’oser plonger dans leur lecture. C’est le cas de Ron Rash dont j’ai découvert l’existence dans La grande librairie, il y a quelques mois.

 

J’y suis finalement venu au terme d’un processus qui me mena, auparavant, à lire et apprécier des ouvrages de Bill Bryson Promenons-nous dans les bois, Glendon Swarthout Bénis soient les enfants et les bêtes et Le tireur, Dan O’Brien Wild Idea ou encore Carson McCullers The ballad of the sad cafe. Des romans assez différents mais qui se situent au cœur des Etats-Unis dans des coins oubliés, habités par des personnages que j’ai assez peu rencontré au fil de mes lectures.

 

Là-dessus je tombe sur un recueil de nouvelles de Ron Rash Incandescences dont je lis rapidement deux courtes histoires qui me séduisent et m’amènent à vouloir essayer une œuvre plus charpentée, Une terre d’ombre, donc.

 

Vous dire d’emblée que le prologue vous harponne au terme de ses quatre pages. Mais que l’énigme qu’il pose est loin de faire l’intérêt de ce qui va suivre et dont voici un bref résumé.

 

1918, Caroline du Nord. Au cœur des Appalaches, au fond d’un vallon que la lumière du soleil réchauffe rarement vivent Laurel, une jeune femme ostracisée pour arborer une tache de naissance sur le cou et que l’on dit un peu sorcière, et son frère Hank, tout juste revenu du front, en Europe, où il a laissé un bras. Ces deux-là triment pour survivre et remettre en état la ferme familiale.

 

A quelques dizaines de kilomètres de là, une nuit, un prisonnier s’évade.

 

Voilà.

 

A partir de ces deux situations Ron Rash va dérouler le fil de son intrigue, d’abord sur un rythme très lent qui privilégie la description des paysages, des relations au sein de la communauté et manier les métaphores pour révéler la fin d’un monde (la disparition des derniers perroquets de Caroline).

 

Les personnages, taiseux, se révèlent, par leur bienveillance, très attachants. L’écriture toute en pudeur de Rash, sans effets de style appuyés, suggère plus qu’elle ne décrit et laisse une grande part d’interprétation au lecteur.

 

Au deuxième tiers du roman, une révélation née d’un simple détail vient précipiter le cours de l’histoire et dès lors la tension narrative s’emballe pour ne plus jamais faiblir. L’inexorable mécanique de la tragédie est en place et rien ne pourra l’interrompre !

Ron Rash a écrit là une œuvre aux accents steinbeckien, décrivant de façon juste et retenue la vie de simples gens, qui, à l’instar de Lenny et George des Souris et des hommes, voient la grande Histoire venir bouleverser la leur, de façon tragique et inexorable.

 

Une terre d'ombre - Ron Rash - Le Seuil 2014 - Points 2015.

 

Grand prix de littérature policière 2014.

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