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My wicked, wicked ways - Mémoires - Errol Flynn

Publié le par Au vrai chic littérère

Il fut un temps, bref intermède dans l’histoire de l’Humanité, où une poignée d’hommes et de femmes ont côtoyé les dieux du firmament.

Connus et vénérés de tous ils vivaient leurs vies d’étoiles sur grand écran et faisaient fantasmer la multitude.

Aux côtés de Clark Gable, Hedy Lamarr, Cary Grant ou Olivia de Havilland, Errol Flynn fut durant une vingtaine d’année l’astre souverain du film d’aventure. Merveilleux flibustier dans Capitaine Blood (film de Michael Curtiz de 1935), mémorable dans le rôle du général Custer dans La charge fantastique (Raoul Walsh, 1941) ou décati commandant Johnny Forsythe dans Les racines du ciel (John Huston, 1959), nul mieux que lui n’a depuis porté le collant vert de Robin des Bois (Michael Curtiz, 1938).

Si ses aventures sur pellicules nous sont encore accessibles, peu savent quelle a été sa vie avant que le cinéma ne l’expose au regard planétaire.

My wicked, wicked ways vient réparer cet état de fait et s'articule en six chapitres. Les trois premiers relatant les années de galère et de bonheur, les trois derniers, la gloire et la descente aux enfers.

Grand admirateur de son père, un biologiste australien renommé, Flynn doit dès son adolescence faire le constat de son peu d'aptitude pour les études. A 17 ans il s'enfuit du pensionnat dans lequel il végète et, avant ses 27 ans, il aura tour à tour été propriétaire d’une plantation de coprah en Nouvelle-Guinée, voleur d’esclaves, accusé de meurtre, clochard, renifleur de bouteilles, détesticulateur d’agneaux en Australie. Sa soif de réussite et d’argent le convainc d’accepter tout ce qui lui est proposé, ceci dans le but ultime de s’acheter une concession aurifère. Ce qu’il parviendra à faire au terme de multiples tentatives... pour un bilan quasi insignifiant.

Cette première partie de vie est sans doute la plus attachante et, alors qu'en démarrant ma lecture je souhaitais vite parvenir à la période de ses débuts dans le cinéma, force m'est de reconnaître que ce qu’il a vécu au préalable est d’une puissance et d’un intérêt bien supérieur. Et digne des livres d’aventure les plus romanesques. Il est impossible, en quelques lignes, d’évoquer de façon exhaustive la richesse et l'engagement de cette vie-là. Rappelons ici qu’il a également été reporter durant la guerre d’Espagne en 1936, qu’il s’est retrouvé engagé du côté chinois dans la guerre sino-japonaise en 1937 et qu’il a connu Fidel Castro avant son coup d’état. Il y a chez Errol Flynn un côté Tintin sous amphétamines des plus réjouissants.

Flynn est un homme à l’énergie folle. Il aura traversé 25 ans de l’histoire du cinéma et lui aura insufflé son ressort et son audace. Les pages consacrées au milieu cinématographique sont souvent réjouissantes et si vous ne deviez lire qu'un chapitre de ce livre je vous conseillerai celui relatant la bataille d'égos homérique entre lui et Bette Davis dans une scène de gifle qu'elle lui assène lors du tournage de La vie privée d'Elisabeth d'Angleterre. Tout Hollywood se trouve résumé dans ces quelques lignes-là. 

Flynn est un fantasme conscient de son pouvoir et de la fascination qu'il suscite. Extrait : « Un jour un psychologue m’a fait cette remarque : « L’une des raisons de l’intérêt du public à votre égard est le plaisir que prennent les hommes à la vie que vous menez. Beaucoup d’entre eux aimeraient vivre à votre manière ».

Mais toute vie a aussi ses côtés sombres et Flynn n’en manquaient pas : alcool, drogues (pour soigner une malaria persistante), machisme, violence, escroqueries.

Il fut collectionneur d’œuvres d’art (il était possesseur de tableaux de Gauguin et Van Gogh) d'embrouilles, et d'aventures amoureuses. Et toute sa vie il aura l'impression d'être exploité. Par les studios (les acteurs, alors, ne choisissaient pas leurs films), la presse qui le harcèlera sa carrière durant et les femmes. Des femmes il dit « Mon problème n’est pas de les séduire mais de leur échapper ». Certaines l'ayant "cueilli" le plumeront jusqu'à la moëlle. Ainsi sa première femme, une actrice française nommée Lili Damita, aujourd'hui complètement oubliée, en ne se remariant jamais lui a soutiré une pension alimentaire jusqu'à sa mort en 1950.

Passionné par la navigation en mer Errol Flynn ne s’est jamais vraiment rêvé en acteur de cinéma et s’il a poursuivi dans cette voie c’est uniquement pour l’argent et la liberté qu’elle lui offrait. Rares ont été les hommes de son temps qui pouvaient se revendiquer aussi libres.

My wicked, wicked ways est un livre intense et picaresque, souvent drôle, que l'on a du mal à lâcher une fois entamé. Eroll Flynn y est un compagnon de lecture délicieux, révoltant et fascinant. Sa vie fut « bigger than life » et l’on se dit que si elle devait un jour faire l’objet d’un film ou d'une série, aucun acteur ne serait véritablement à la hauteur pour l'incarner et surtout que son scénario paraitrait parfaitement invraisemblable.

Intimement, il se rêvait écrivain. Ce livre prouve sans détour que ce talent non plus, ne lui aura pas manqué.

 

Mémoires - My wicked, wicked ways de Errol Flynn - 496 pages - Editions Séguier - 2020 - 18,00 €.

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